LE SOJA : UN HONORABLE AMIREPONSE à l’article de NEXUS |
|
Au mois de mai dernier, un magazine australien a
publié un article sur les méfaits du soja et de ses produits dérivés.
1. Une approche peu scientifiqueNotre première remarque concerne tout d’abord la bibliographie et les études qui ont été à l’origine de cette publication. Sur les 73 références qui ont servi à l’élaboration de ce texte et des conclusions avancées, il y en a seulement 28 qui résultent d’études et de publications scientifiques (soit 38,35%). Parmi celles-ci, 17 d’entre elles sont positives, neutres, ou d’ordre général par rapport au soja , et la plupart de celles qui ont des conclusions négatives, proposent des recherches plus approfondies pour corroborer leurs résultats. Un détail qui ne nous a pas semblé anodin : les titres de 2 références, l’une soulignant les bienfaits du soja, 2., et l’autre étant aussi positive 5., (détaillée ci-après), ont été omises …. Pourquoi ? Les Japonais ne sont pas tous séniles.L’étude du Dr. Lon White qui conclue qu’une grande consommation de tofu (2 fois ou plus par semaine) accélère un vieillissement cérébral et une réduction des facultés intellectuelles, 3., semble hâtive dans ses conclusions. En effet, elle fait suite à une autre étude par les mêmes auteurs - non citée dans l’article- 4., dont la conclusison fait état des liens entre l’hypertension artérielle et les problèmes de démence et de maladie d’Alzheimer sur des individus de la même population d’américains et de japonais vivant à Hawai. Ainsi est-ce le tofu ou l’hypertension qui provoque des problèmes intellectuels ou cérebraux dans cette population très spécifique ? Le croisement des 2 études aurait dû être fait par les auteurs. De plus, l’étude complémentaire, 5., qui selon White attribue des effets négatifs aux isoflavones du soja sur les fonctions intellectuelles de femmes ménopausées présentant un taux élevé d’oestrogènes, n’est pas concluante. Elle démontre même que ces derniers ne sont pas associés de manière significative avec les performances cognitives et les risques de déclin intellectuel. Parmi les femmes avec un taux élevé d’oestrone et sur deux test, seules les pires performances sont surprenantes et suggèrent de plus amples recherches !!! En outre, il semble que ces questions auraient mérité de faire l’objet d’études sur les populations japonaises âgées, consommatrices de tofu. La question des phyto-oestrogènes et des nourrissons.Fitzpatrick a conclu dans une étude, que des bébés de moins de 4 mois, sont capables d’absorber et d’excréter les isoflavones : génistéine et daidzéine, appartenant à la famille des phytoestrogènes, avec autant d’efficacité que des adultes consommant des produits au soja .6. Dans une publication ultérieure, 7., il recommande vivement des études complémentaires sur les effets des isoflavones présents dans les lait infantiles sur le métabolisme des stéroïdes sexuels, chez les bébés. Setchell KD ,8., conclut quant à lui, que cette exposition à ces phytoestrogènes très tôt dans la vie, (4 mois) peut avoir des effets bénéfiques à long terme sur la santé en ce qui concerne les maladies hormono-dépendantes. Ces contradictions notoires suggèrent la nécessité d’études plus approfondies pour clairement répondre à la question soulevée. Nous ne sommes effectivement pas d’accord pour que le lait infantile, de quelque composition soit-il, remplace le lait maternel. Rappelons néanmoins que dans certain cas le « lait de soja » a pu sauver des nourrissons qui ne pouvait manger autre chose, mais ces cas restent exceptionnels, et la priorité doit être donnée à leur lait naturel. Le « boom » des pubertés précoces.A notre avis, les auteurs de l’article de Nexus ont eu à ce sujet, des interprétations hâtives car les conclusions de l’auteur sur l’étude des enfants de Porto Rico qu’ils citent, sont plus nuancées. 9. En effet Freni-Titulaer LW , énumèrent les 3 types de facteurs analysés et qui seraient liés à la puberté précoce : - des antécédents maternels, - la consommation de produits à base de soja, - la consommation de produits carnés divers. Si des liens statistiques ont pu être fait entre ces 3 facteurs et une puberté précoce, la conclusion de cette analyse n’est pas suffisante, car plus de 50% des cas de puberté précoce étudiés n’étaient pas liés à ces 3 types de facteurs retenus !!! L’exposition possible à d’autres facteurs ayant des effets oestrogèniques, tels les déchets d’industrie pharmaceutique ou les pesticides doivent être prise en compte. De nouvelles études doivent être faites, pour tenir compte de facteurs nouveaux non suspectés jusqu’alors. Par exemple le rôle de la consommation de viande d’animaux très jeunes donc contenant une énorme quantité de facteurs de croissance naturels ou ajoutés à l’alimentation des animaux. Le cas des perroquets australiens.Les conclusions sur les problèmes de santé des perroquets australiens nourris avec des produits dérivés du soja sont extrapolées. D’une part parce qu’il n’est pas dit sous quelle forme le soja avait été administré à ces animaux, le soja contenant de très nombreux facteurs anti-nutritionnels connus, qui s’ils ne sont pas éliminés par une cuisson, fermentation, ou autre transformation, produisent des effets néfastes sur les animaux (ou les hommes) qui s’en nourrissent. De tels cas ont été déjà reportés dans d’autres études.10. D’autre part, de tels problèmes n’ont jamais été observés chez les poulets, ovins, caprins, porcins, etc, lorsque le soja était correctement préparé et dosé dans leur alimentation. Nous ne commenterons pas le fait que ces éleveurs australiens aient rapproché les problèmes de santé de leurs perroquets avec ceux de leur enfants nourris avec des produits au soja. « La dose fait le poison »Les études qui démontrent que l’ingestion des graines de soja est impliquée dans l’apparition des goitres thyroïdiens, montrent aussi que cet effet est dû à une surconsommation quotidienne (30gr. de graines pendant au moins 3 mois). 11. L’étude stipule également que les troubles disparaissent dans le mois suivant la fin de cette prise alimentaire. Fait important, on ne dit pas comment étaient préparées les graines, cuites ou crues, car ceci est un élément majeur pour les résultats de l’étude. On sait depuis longtemps, que parmi les facteurs anti-nutritionnels qui existent dans la graine de soja, il y a aussi des facteurs goîtrogènes. 10. Rapprochement : soja - cancer.Nous avons noté dans l’article de Nexus, des contradictions quant aux affirmations sur les liens cancer-soja. Tout d’abord, les auteurs sont d’accord pour parler d’une diminution des cancers du sein, de la prostate et de l’utérus chez des sujets consommant du soja, d’ou son rôle préventif. Néanmoins, ils notent que les sujets asiatiques ont plus de cancers de l’œsophage, de l’estomac, du foie, et de la thyroïde, laissant entendre que ces cancers seraient liés au soja …. Dans le paragraphe suivant, traitant de la consommation réelle de soja par les asiatiques, il souligne que les chinois n’ont en fait que très peu d’apport calorique lié au soja, environ 1,5% (enquête de 1930 , ils mangent surtout du porc et leur matière grasse de cuisson est le lard !). Tout comme les japonais, qui ne prennent seulement qu’une moyenne de 7 g./j., pour les femmes et 8 g./j., pour les hommes de protéines de soja. Le cancer étant une maladie complexe et multifactorielle, les conclusions des auteurs manquent là aussi de fondement. Les « isoflavones » en question.Comme les différentes remarques le font penser, l’article de Nexus, s’en prend plus particulièrement aux isoflavones qui appartiennent à la classe des phytoestrogènes et dont les deux plus actifs sont la génistéine et la daidzéine. (Déjà cité précédemment). Il est important de noter que ces oestrogènes non-stéroidiens sont biotransformés par la flore intestinale et absorbés en petite quantité, mais il reste encore beaucoup à élucider quant à l’interaction microflore intestinale-isoflavones. Une étude de 1994, conclue que 85% des isoflavones du « lait de soja » ingérés, sont dégradés dans l’intestin, et que ce serait la daidzéine la mieux absorbée.12. Ces phytoestrogènes absorbés dans le sang ont des taux plasmatiques beaucoup plus élevés que les taux d’oestrogènes endogènes. Ils manifesteraient des activités hormonales et non hormonales permettant d’expliquer les effets biologiques des régimes riches en phytoestrogènes 13., et particulièrement un effet protecteur contre les cancers chez les femmes ménopausées.14. Sans entrer dans les détails, nous avons exploré la bibliographie médicale la plus récente concernant les isoflavones et sur les 72 articles publiés de janvier à septembre 2000, seulement 2 présentent des conclusions négatives. Nos conclusions générales.L’article de Nexus, a sans doute le mérite de rééquilibrer les données par rapport au soja, qui n’est sans doute pas la plante miracle à surconsommer, ni la nouvelle « amiante ». (dixit Nexus) D’une façon générale, nous pensons que les auteurs ont eu des conclusions trop hâtives, parfois excessives et partisanes, voire orientées. Néanmoins que faut-il globalement retenir sur le soja outre ses potentialités nutritionelles ? A l’heure actuelle et suite à bon nombre d’études scientifiques et épidémiologiques sur les populations traditionnellement consommatrices de soja, on peut dire que cette légumineuse, dûment préparée et consommée aurait des effets bénéfiques sur : - la prévention de certains cancers, (sein, utérus, prostate,) - les problèmes liés à la période post-ménopause, (bouffées de chaleur, émotivité, etc …) - la prévention de l’ostéoporose, (les protéines du soja n’entraînant pas d’excrétion calcique comme les protéines animales) - la prévention des maladies cardio-vasculaires en particulier grâce a la réduction et à la régulation du taux de cholestérol LDL 14., 15., 16., 17., 18., 19., 20., 21. Néanmoins, il est reconnu que le soja cru contient
de nombreux facteurs anti-nutritionnels, thermolabiles ou thermostables.10. Nous comprenons qu’aujourd’hui des inquiétudes puissent se faire jour sur les méthodes industrielles de transformation ou d’extraction, car les produits qui sortent de ces conditions de production loin d’être naturelles, n’ont pas d’ « histoire alimentaire ». D’autre part les intérêts et autres enjeux économiques et financiers sont énormes. De plus en plus de consommateurs sont conscients
de la guerre économique qui se déroule dans le monde industriel, et
malheureusement, l’agriculture et l’agro-alimentaire en font partie.
Le consommateur des pays riches, par ses choix et son pouvoir
d’achat peut ou non attiser ces guerres … C’est un débat profond, ouvert
et très important. Mais au-delà de ces considérations, nous conclurons
plus simplement sur cette règle d’or :
Jean-James GARREAUDocteur en Biologie Jacqueline BOUSQUETDocteur en es sciences (Biologie-Biophysique) BIBLIOGRAPHIE
|