ÇA DÉFRISE

BrebisOn a montré récemment que les moutons sont de grands physionomistes. Ils peuvent identifier et mémoriser jusqu'à cinquante congénères et s'en souvenir pendant plus de deux ans. Il sont aussi capables de se souvenir de visages humains familiers. Ils reconnaissent des individus après une longue absence, comme le montre le fait qu'ils réagissent vocalement à une photo de leur visage, de la même façon qu'ils réagissent avec un membre de leur groupe du moment… Et ce qui soulève l'intérêt des chercheurs, c'est que "les régions du cerveau spécialisées qui leur permettent de faire cela sont très proches de celles des humains". La reconnaissance visuelle des visages implique en effet des mécanismes neurologiques particuliers, fort développés chez les humains (également chez les singes). Cela est associé à une vie sociale intense. Le dispositif neural étant comparable chez le mouton, on est en droit de lui attribuer une vie sociale ainsi que les émotions qui l'accompagnent : l'attachement, la tendresse, le manque, la solitude… Et voilà le mouton qui devient un individu presque comme vous et moi. D'ailleurs, dit un des chercheurs, "il est donc important de ne pas modifier l'environnement social du mouton, car il est de toute évidence primordial pour son bien-être". C'est vrai, on pourrait en dire autant de vous et moi. Mais attention : "cela pourrait avoir des conséquences pour leurs éleveurs". Tiens, tiens… On voit bien la conclusion qui se dégage : au lieu de les mélanger à coup de triques dans des camions surchargés, amenons-les à l'abattoir par groupes de connaissance, avec davantage d'espace et accompagnés de leur berger préféré… comme ça, nous pourrons dire que nous respectons leur bien-être. C'est étrange, cette absence crasse de compassion, cette façon humano-centriste de toujours discourir sur les animaux et leur vie émotionnelle en posant par principe que leur intérêt, c'est d'être "traités" plus humainement ; alors que la question essentielle, c'est que si un mouton (ou un autre animal) n'est pas un morceau de bois, s'il est émotionnellement vivant, s'il ressent sa vie, (et qui peut en douter, sauf ceux qui cherchent pour mieux ne pas voir ?), son intérêt est de ne pas être "traité" du tout, son intérêt est de profiter de sa vie !

" Pour un peu de chair, nous leur ôtons la vie, le soleil, la lumière et le cours de l'existence qui leur était déterminée par la nature. " (Plutarque, S'il est loisible de manger chair, traduction de Jacques Amyot, 1572)

[Sources : Nature, vol. 414, 8 nov. 2001, p.165 / Courrier International, n°583, 3-9/01/02, p. 45)]

 

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