Texte de la conférence du 2 octobre 1999
Journées Mondiales Végétariennes à Paris

 

Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle André Méry ; je fais partie du Bureau d’Alliance Végétarienne ; avec quelques amis ici présents, nous nous occupons de la Délégation Île-de-France. Et c’est moi qui vais faire la conférence sur le végétarisme, qui est, ne l’oublions pas, une conférence-débat, mais nous débattrons, si vous le voulez bien, après la conférence.

J’avais décidé de passer en revue différents enjeux du végétarisme, comme il est indiqué sur l’affiche des Journées Mondiales ; à savoir : l’économie, l’environnement, la santé, l’éthique ; c’est à dire, des thèmes tout à fait classiques qui motivent habituellement ceux qui viennent au végétarisme.

En fait, je voudrais plutôt me servir de ces thèmes comme des illustrations, et vous entretenir d’un sujet plus fondamental, qui à mon avis constitue l’essence du végétarisme, à savoir que c’est un enjeu de société.

Qu’est-ce que j’entends par là ? C’est très simple : le végétarisme est une prise de conscience ; je crois qu’on peut être d’accord là-dessus ; on prend conscience de la souffrance des animaux, des méfaits de la viande, de la pollution des élevages, et de bien d’autres choses. Ce que je dis, c’est simplement que le végétarisme est plus que l’ensemble de ces parties-là et qu’il peut être porteur d’un projet de société, d’un projet global, cohérent, et logique, qui structure et fédère les différentes approches.

C’est ce que je vais essayer de vous expliquer.

 

u Selon l’optique dans laquelle je me place, le végétarisme doit être envisagé non seulement comme un mode de vie différent, avec des implications pratiques sur l’alimentation et le sort des animaux, mais aussi comme une nouvelle culture. Qu’est-ce qu’une culture ? Un dictionnaire dit que " c’est l’ensemble des formes acquises de comportement, dans les sociétés humaines ". Une nouvelle culture est donc un nouveau type de comportement dans les sociétés humaines. Déjà, on a dépassé le plan de l’animal… au sens strict. Je dis qu’il faut même envisager le végétarisme comme une nouvelle conception du monde, c’est à dire une autre vision des rapports entre les humains, les animaux, et la Terre ; ce qui est encore plus vaste.

Pour résumer, je dirai qu’il faut donner au végétarisme la dimension d’un système de pensée, avec pour but de réorganiser la société, sur une base nouvelle, et pas seulement de changer des habitudes personnelles. En quelque sorte, c’est faire du végétarisme le moteur d’une révolution.

Bon, réorganiser la société, c’est très bien, mais sur quelle base ?

La seule base qui me paraisse valable, c’est : le respect de la vie. Vous pensez peut-être que c’est très théorique, pour ne pas dire fumeux…. Le respect de la vie, quel programme impossible… ! En fait, il faut envisager cela comme un programme constitué d’une multitude d’aspects pratiques, et qui nous touchent tous ; par exemple ? … le devenir de l’élevage, l’énergie nucléaire, la santé par la nutrition, le service militaire, le contrôle des naissances, la déforestation, les problèmes de la faim, le droit des animaux, et j’en passe. Ce que je dis, c’est qu’il faut donner au végétarisme la capacité d’avoir un discours sur des sujets de société aussi variés que ceux-là.

Je ne dis pas qu’il a un discours déjà formé sur tous ces sujets, loin de là, mais qu’aucun de ces sujets ne lui est indifférent. Je vous l’ai dit : le végétarisme doit se dépasser et devenir un projet de société.

Peut-être cela ne recoupe-t-il pas l’image traditionnelle que vous vous faites du végétarien mangeant ses végétaux ? Et bien tant mieux. Tant mieux parce que ce côté " végétarien " ne devrait être qu’un simple aspect du végétarisme.

Pour mieux faire comprendre ce que je voudrais faire passer, je vais un peu " professorer " et vous donner quelques définitions.

Et tout d’abord une différence entre deux termes : " végétarien " et " végétariste " ; une différence à laquelle je tiens beaucoup et qui me permettra d’introduire un néologisme, et peut-être de voir un jour mon nom figurer dans un dictionnaire…

D’abord, " végétarien " : on va dire que cela concerne ce qui se rapporte au végétarisme en tant que mode d’alimentation ; dans ce cas, il n’est question que du contenu de l’assiette, supposée sans viande (par ex. : menu végétarien) ; donc, en théorie, on peut être végétarien et : travailler dans une boucherie, pratiquer la chasse, être amateur de corridas, etc. Je suppose que c’est assez rare, mais ce n’est pas incompatible avec la définition.

Maintenant, " végétariste " : ça, c’est autre chose ; cela concerne ce qui se rapporte au végétarisme en tant que philosophie, en tant que nouvelle conception des rapports entre les êtres vivants, en tant que projet d’une nouvelle culture (par ex. : un point de vue végétariste).

Dans ce cas, ce qui est en jeu, c’est l’engagement global dans un choix de vie complètement différent, et le choix alimentaire que l’on appelle " végétarien " n’est qu’une conséquence – une conséquence logique évidemment – mais une conséquence de cet engagement global.

Je résume :

"Végétariste"

 

Ø Pensée… Action… Qu’est-ce que cela peut donc bien signifier, concrètement, se vouloir végétariste ? (Avant-dernière définition…). Cela veut dire se référer à une conception du monde dans laquelle le respect de la vie constitue le fondement des raisons d’agir. Enoncé brutalement, ca peut paraître un peu dogmatique, mais je veux attirer votre attention sur le fait que je ne parle pas ici de la Vie-avec-un-grand-V, qui est une conception métaphysique, mais je parle de ce dont elle est composée, à savoir des êtres vivants : ce sont eux qui doivent être respectés, et non pas une idée. C’est très important.

Ø Et, finalement, qu’est-ce que cela veut dire les respecter, c’est à dire respecter la vie ? (Dernière définition…). Dans l’optique végétariste dont je parle, cela veut dire s’efforcer de vivre selon un principe très simple : quand il n’y a aucune nécessité à nuire à un être vivant, il ne faut pas le faire ; et si jamais on doit le faire, que la nuisance impliquée soit la plus faible possible en fonction des moyens et des connaissances dont on dispose.

Je pense que par rapport aux façons de vivre que nous connaissons, ce genre de prétention est révolutionnaire.

 

u Alors comment peut-on approcher les problèmes, dans ce cadre-là ? Je vais prendre l’exemple hyper classique de la santé (humaine).

D’abord, il y a une constatation : en termes de santé humaine, le végétarisme est globalement efficace.

Pour illustrer cela, voici les résultats d’une étude (américaine) reprenant les études médicales comparatives disponibles en 1992 et confrontant des groupes végétariens à des groupes non-végétariens :

Coût d'un non végétarien

 

Pour la série d’affections étudiées, sont indiqués les % du coût des traitements médicaux attribuables à l’alimentation carnée. C’est à dire qu’on a constaté que les mangeurs de viande étaient plus malades, globalement, que les non mangeurs de viande. Il s’agit donc ici d’un surcoût par rapport à une alimentation végétarienne – ce qui montre, soit dit en passant que les végétariens peuvent aussi être malades (personne n’est parfait) – Grosso modo, ce surcoût se situe entre 25 % et 50 % des dépenses annuelles de santé.

Ce qui fait combien ?

Coût ramené à la France

 

Les auteurs ont établi que la valeur moyenne du coût additionnel est de 45 milliards en $ de l’année 92 ; rapportés aux quelques 265 millions d’étasuniens, des nourrissons jusqu’aux vieillards, cela fait à peu près 170 $ par personne, soit environ 950F français ; je n’ai pas suivi les cours de la Bourse, ce sont des ordres de grandeur, mais si l’on considère que la situation en France est équivalente, et l’on sait que nous nous américanisons beaucoup, on aboutit à une sur-dépense de 55 milliards de francs environ par an.

A titre d’exemple, le déficit de l’assurance maladie en France en 99 est d’environ 12 milliards de francs…

Si maintenant on envisage cette situation, dans laquelle nous baignons, en terme de respect de la vie – pour l’instant, humaine, je parlerai des animaux ensuite – on constate que la vie humaine n’est pas respectée du tout par cet état de fait.

On ne respecte pas les individus dans leur vie individuelle, parce que s’il est vrai qu’on les soigne quand ils sont malades, il est aussi vrai qu’on leur laisse toutes les chances de tomber malade, en permettant sans aucune restriction le développement de l’alimentation carnée. Et on ne respecte pas non plus les individus dans leur vie sociétale, parce que le coût des maladies est prélevé de toutes façons sur leur portefeuille sous forme d’impôts. Cela s’appelle… se ficher du monde.

Réintroduire le respect de la vie dans ce domaine de la santé humaine, qu’est-ce que cela pourrait être ? Si j’imagine une prise de conscience végétariste, je pense qu’on pourrait envisager (sans vouloir détailler...) :

(Vous voyez que nous ne sommes pas uniquement bons pour les animaux…)

Vous voyez surtout que dans son aspect " végétariste " basé sur le respect de la vie, le végétarisme a un caractère politique. C’est évident qu’il implique de repenser l’organisation de la société. Mais parce que cette réorganisation est fondée sur la notion de respect de la vie, cela en fait essentiellement un système politico-éthique. On peut dire que c’est une morale en action.

Notez que le même problème se pose pour la consommation de tabac ; et qu’il finira par se poser pour l’alcool. J’en profite pour insister sur le fait que le végétarisme, par souci du respect de la vie, se doit d’être opposé à toute publicité, à toute incitation à la consommation de ce qu’on sait être nocif à la santé humaine. Ce qui remet évidemment beaucoup de filières en question, et ce qui est une preuve de son caractère politique.

 

u Donc j’ai dit : une morale en action. Parmi toutes les actions que cette morale doit par conséquent susciter, il en est une qui est particulièrement importante et qui est au cœur de la démarche végétariste, c’est la lutte pour sortir les animaux de leurs multiples formes d’exploitation par l’homme.

Vous avez sans doute une idée de ce que peuvent être les " multiples formes ", mais j’en ai quand même fait une liste pour être plus clair, une liste qui ne se veut pas exhaustive :

Exploitation animale

Bref, une véritable forêt, dont la densité a tendance à cacher les arbres, ce qui explique sans doute que beaucoup de personnes ne voient rien.

Pourquoi est-ce que ce sont des formes d’exploitation ? Ca, c’est un point important. C’est de l’exploitation parce que dans tous ces domaines, à des degrés divers, les animaux ne sont là que pour satisfaire aux appétits, aux désirs, aux goûts, aux caprices des humains, sans aucun souci de leurs intérêts propres. Ce sont donc des formes d’esclavage.

Et pourquoi faut-il les en sortir ? Ca aussi, c’est un point important. Il faut les en sortir parce que tous ces domaines sont, à des degrés divers, l’expression d’une futilité d’intérêts de la part de l’espèce humaine, en regard d’un intérêt majeur des animaux exploités : vivre leur vie en paix. Je dis qu’il n’y a aucune raison valable d’imaginer que les animaux n’éprouvent aucun intérêt à vivre libres et pour eux-mêmes. Il n’y a donc aucune raison valable à agir envers eux comme s’ils ne l’éprouvaient pas.

Mais, comprenons-nous bien ; ce n’est pas le fait d’utiliser des êtres vivants qui est condamnable en soi : un végétarien se nourrit de végétaux qui sont aussi des êtres vivants, c’est banal ; ce qui est condamnable, c’est le fait de ne juger de l’importance de leurs vies que par rapport à une mesure arbitraire ; par exemple : la couleur de la peau, l’existence supposée d’une âme, la pratique d’une religion, ou la structure physiologique, que sais-je ? Pour les animaux, la mesure arbitraire, c’est simplement le fait qu’ils ne soient pas des humains.

Vous connaissez peut-être la phrase du philosophe grec Protagoras (-V° siècle), qui est aussi la profession de foi de la Renaissance européenne : " l’homme est la mesure de toutes choses ". C’est toujours l’idée prédominante actuellement ; mais qu’est-ce que cela a signifié dans l’histoire humaine ? Qu’il n’y avait aucune question morale à se poser concernant l’utilisation des animaux.

Et bien non… Le végétarisme doit se donner pour but de renverser cette idée de prédominance humaine arbitraire (côté révolutionnaire, n’oublions pas…). C’est à dire que tous les domaines d’exploitation et d’utilisation des animaux doivent être remis en question. Non pas par sensiblerie à l’égard du pauvre petit animal que l’on fait souffrir, j’insiste là-dessus, surtout pas par paternalisme, mais parce que nous devons considérer que les animaux ont des droits, comme les humains, et que l’on ne peut pas en faire ce que l’on veut, comme on ne peut pas le faire avec les humains. En faire ce que l’on veut, c’est leur dénier le moindre droit.

Et pourquoi auraient-ils des droits ? Il y a sans doute beaucoup de réponses à cette question…, mais je vais vous donner la mienne. Mon opinion sur la raison fondamentale du droit des animaux, ce n’est pas qu’ils soient des animaux, ou bien qu’ils aient une certaine forme d’intelligence ou de sensibilité qui les rapprocherait de l’homme, ou même qui leur serait propre et que nous ne comprendrions pas. Non…, la raison essentielle, du point de vue végétariste dont je parle, c’est qu’ils sont vivants. C’est donc simplement une question de respect de la vie.

Il me semble que le droit fondamental d’un être vivant, c’est le droit au respect de sa vie, c’est à dire le droit à ne pas subir de nuisances arbitraires de la part d’autres individus qui le traiteraient comme une chose insensible.

Alors…, réintroduire le respect de la vie dans ces domaines-là, qu’est-ce que cela pourrait être ? Je pense qu’il faudrait :

 

u Ce dont je viens de vous parler, c’est au fond de " libération animale ".Certains trouveront cela extrémiste. Mais nous, humains, nous sommes aussi des animaux, et nous avons aussi bien besoin de liberté, et de reconnaissance de nos droits.

Ce sur quoi je voudrais insister, c’est que le végétarisme, quand il parle d’animal, ne doit pas faire de discrimination entre les diverses formes d’animaux, s’il veut être une construction cohérente basée sur le respect de la vie (même si pour la facilité du discours, on sépare " humain " et " animal ").

Prenez par exemple le cas de l’élevage. Je dis que le végétarisme dont je parle est opposé à l’élevage. Non seulement parce que les animaux sont tués, ce qui est déjà une injustice criante vis-à-vis de leur droit à vivre, mais également parce que plusieurs conséquences de l’élevage sont autant d’atteintes à des droits de l’homme.

Vous avez pu lire sur des panneaux que l’animal est une mauvaise machine à transformer le végétal en produit carné. Quand on passe par l’animal pour se nourrir, on perd des protéines et des calories. Du point de vue de la rentabilité économique, il est illogique d’élever des animaux. Prenons le cas des bovins ; parce qu’il est caractéristique :

Le mauvais rendement de la viande

Qu’est-ce que cela implique ? De deux choses l’une : soit on est obligé de produire des végétaux en grande quantité pour alimenter ces bovins, soit on est obligé de leur réserver de grands espaces de pâturage. Dans les deux cas, il faut beaucoup d’espace. Où trouver l’espace ? Ailleurs, bien sûr.

La solution des trusts agroalimentaires, c’est de soumettre un certain nombre de pays à de la déforestation, évidemment en dehors de la zone occidentale : on peut citer le Costa Rica, la Colombie, le Brésil, l’Ethiopie, la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie, etc. Juste deux citations pour appréhender ce problème :

Forêt tropicale

La situation décrite dans la citation de Peter Singer est celle des années 80 mais elle est toujours d’actualité. Quant à la citation de Peter Cox, elle montre l’inconscience de ce genre de pratiques.

Les conséquences ? Désastreuses, évidemment :

En termes de respect de la vie, c’est zéro, aussi bien au point de vue animal non humain que du point de vue animal humain.

Je vous incite à lire les panneaux traitant du gaspillage des terres cultivables et de la malnutrition pour voir que le végétarisme est en cohérence avec lui-même quand d’un côté il parle de respect de la vie et que, d’un autre côté, il ne s’intéresse pas uniquement à des questions de libération des " animaux au sens usuel du terme ". Pour synthétiser cette question du gaspillage des terres, il faut savoir que la récupération des surfaces agricoles qui sont actuellement uniquement destinées aux animaux permettrait de nourrir 2 et demi fois plus de personnes que maintenant.

Je n’hésite pas à dire qu’à chaque fois qu’une personne devient végétarienne, elle crée des conditions économico-politiques permettant de nourrir convenablement au moins une autre personne souffrant actuellement de la faim. C’est à dire que dans l’optique végétariste, le respect de l’animal et le respect de l’homme vont la main dans la main.

 

u Mais il y a plus que cela : c’est aussi le respect des écosystèmes qui est en jeu, du fait de toutes les nuisances causées – bien malgré eux – par ces animaux d’élevage. Parce que si la déforestation, c’est toujours loin des pays industriels riches, la pollution, elle, est bien présente, ici et maintenant. Entrez dans la ronde de l’élevage… Vous y trouverez :

Ronde de l'élevage

" gaspillage des réserves d’eau ", " pollution des sols et nappes phréatiques ", etc., etc.

Et un petit tour encore pour le même prix :

Il faut bien noter qu’à travers le respect des écosystèmes, ce sont les droits des animaux humains et non humains que désire protéger le végétarisme ; par exemple :

Je pense que ces questions écologiques sont un bon exemple de la cohérence de la démarche végétariste.

Et pourtant…

 

u Et pourtant le végétarisme a du mal à se répandre – parce qu’il ne faut pas se cacher qu’il a quand même du mal. Je crois que la raison essentielle est que les humains se sentent, en général, infiniment supérieurs à ce qui n’est pas humain. Un problème supplémentaire est qu’ils se sentent aussi supérieurs… entre eux – si j’ose dire – ce qui conduit a des discriminations bien connues.

En fait les humains dépensent beaucoup de temps et d’énergie à chercher la caractéristique qui les rendra enfin sûrs d’être supérieurs aux autres : ce fameux " propre de l’homme " que l’on ne cesse de rechercher.

Un jour on s’apercevra peut-être que le propre de l’homme, c’est justement la tendance compulsive à chercher le propre de l’homme…

En attendant, quand les membres d’un groupe ethnique pensent que leur appartenance à ce groupe constitue en soi un facteur de supériorité, on appelle cela du racisme ; quand les membres d’un sexe pensent que leur appartenance à ce sexe constitue en soi un facteur de supériorité, on appelle cela du sexisme ; nous savons maintenant que cela n’a pas de sens… enfin, nous le savons plus ou moins bien.

Et quand les membres d’une espèce pensent que leur appartenance à cette espèce constitue en soi un facteur de supériorité, on appelle cela du spécisme ; et nous devons arriver à comprendre que cela non plus n’a pas de sens. Il y a du travail à faire :

En effet comme le dit Peter Singer :

Le futur sera non-discriminatoire

 

… Heureusement que Léonard de Vinci est là pour nous délivrer un message d’espoir.

 

u Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais… c’est une bonne façon de terminer cet exposé ; enfin, pas tout de suite…, quelques mots encore. Vous avez sans doute remarqué que je n’ai pas parlé de tous les sujets possibles, parce qu’ils sont fort nombreux ; ce que j’ai voulu, c’est illustrer une idée : le végétarisme doit élargir son domaine de réflexion ; il doit aller au-delà de ce qu’on imagine habituellement, ; c’est en luttant sur tous les fronts du respect de la vie qu’il gagnera en crédibilité. A ce moment-là, il prendra une dimension globale, cohérente et logique, disons " végétariste " ; c’est pourquoi j’ai voulu introduire ce terme.

En tant qu’espèce humaine, je pense que nous avons une responsabilité particulière, parce que nous comprenons, grâce à notre type d’intelligence, que nous devons respecter la vie. Nous avons cette faculté de comprendre cela. Cette compréhension, il faut l’appliquer, sinon ce serait en vain que nous aurions développé ce type d’intelligence. Ce serait en vain que nous aurions cette faculté de progresser dans le sens du bien. Si cela était en vain, ce serait absurde.

Donc il faut changer la nature des rapports entres les êtres vivants. C’est à dire qu’il faut être écologiste ; il faut être pacifiste ; il faut être humanitaire ; il faut être " animalitaire ", si vous voyez ce que je veux dire ; donc il faut être végétarien. Surtout, il faut être végétarien. Pourquoi " surtout " ?

D’abord parce que les animaux sont les grands oubliés de l’histoire humaine, et il est temps qu’on leur donne une priorité dans nos actions ; mais aussi parce que les animaux sont le point de concrétisation d’une barbarie que nous n’avons pas encore évacuée et que nous n’évacuerons jamais si nous la déguisons sous les oripeaux d’une tradition ; et enfin parce qu’il est si facile de bouleverser une société en agissant dans ce domaine là, en s’attaquant au réseau de la production alimentaire. Ce serait donc ridicule de s’en priver.

Le pognon, la bouffe : deux points sensibles chez l’espèce humaine. Le pognon, nous n’y toucherons pas : l’argent n’a pas d’odeur… Mais la bouffe, si : elle peut avoir une odeur de massacre. Et ça, il faut le changer.

J’arrête là ; j’espère vous avoir non seulement intéressé, mais – comme on dit – interrogé. Je vous rappelle que nous pouvons débattre de tous les sujets possibles, sachant que dans beaucoup de cas, la réflexion est toujours en évolution. Et je voudrais vous présenter le Pr. Théodore Monod, qui nous a fait l’immense honneur de parrainer ces journées et d’être avec nous aujourd’hui.

Jeane Manson, qui parraine aussi ces journées, est retenue à l’extérieur par ses activités et vous prie de l’excuser.

Le Pr. Monod fait partie de ceux qui sont sur tous les fronts du respect de la vie ; il est membre de l’Académie des Sciences, et un parfait exemple, je crois, d’une science imprégnée de conscience. Je lui laisse la parole.