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Article extrait du Journal Alliance Végétarienne
n° 71 - Printemps 2003
Faire souffrir et tuer des êtres vivants et
sensibles, pour des raisons banales, est une de ces injustices élémentaires
que nous sommes tous enclins à condamner. Encore faut-il être
convaincu que tuer des animaux pour la nourriture est une raison banale
et que la chair animale n'est pas indispensable.
La littérature scientifique à ce sujet est vaste, complexe,
souvent contradictoire et toujours incomplète. S'il n'existe actuellement
aucune raison contraignante d'ordre médical pour supprimer complètement
la viande dans notre ration alimentaire, il n'en existe aucune autre pour
l'inclure coûte que coûte dans nos repas. Beaucoup de nutritionnistes
estiment, en effet, que la consommation abondante de viande est un facteur
incontestable de morbidité et que la prévention ou la guérison
de nombreuses maladies et de nombreux petits bobos passe par une réduction
considérable voire l'arrêt complet de l'alimentation carnée.
Cela s'avère d'autant plus si la nourriture d'origine animale est
le produit de l'élevage intensif.
Nous savons bien que l'élevage industrialisé réduit
les bêtes à de piètres machines carnées que
l'on dispense de vivre une vie digne de leur espèce. Nous les rendons
prisonnières à vie dans des usines d'élevage, véritables
antichambres de la mort où les industries pharmaceutique et alimentaire
s'engagent à cur joie. Le programme est chargé : injections
préventives, curatives et manipulatrices, nourriture de qualité
douteuse (par exemple, la farine animale de sinistre réputation)
qui vise la production maximale de chair animale, alimentation parfois
forcée, insémination artificielle et fécondation
forcée, tout y est. L'industrie de la mort préméditée
y dévoile son credo : uvrer pour le bien-être de l'humanité
en assurant la qualité de sa nourriture. La publicité ne
se lasse pas de nous le répéter. Honni soit qui mal y pense
!
La connotation entre la viande que nous consommons et l'histoire meurtrière
de son origine n'est pas ancrée dans notre conscience individuelle
ou collective. En effet, pas de fast-food et pas de gastronomie carnée
sans la violence des abattages nécessaires à assurer la
disponibilité de milliards de cadavres par an ! Personne ne nous
a jamais appris qu'avaler un steak est, somme toute, avaler un morceau
de cadavre, si savoureusement préparé qu'il soit.
Du point de vue écologique il n'y a pas de raison non plus de sacraliser
la viande. En effet, investir 10 kg de céréales pour en
retirer la contre-valeur de 1 kg de viande de buf est un acte économique
et écologique insensé.
Du point de vue éthique, tuer un animal est un acte incompatible
avec les aspirations intellectuelles et spirituelles de notre espèce.
Si tuer un animal dans un contexte d'autodéfense est encore acceptable,
l'abattre pour en retirer des protéines, des graisses, des connaissances
scientifiques et des plaisirs gustatifs ne l'est plus, et cela d'autant
plus que ces raisons sont bien banales par rapport à la souffrance
et à la perte de vie d'un animal, être sensible et conscient.
Ne nous trompons pas : tout animal est capable de souffrir, et il n'y
a aucune justification morale de mépriser sa vie, de négliger
sa souffrance, de banaliser sa mise à mort et de mutiler son cadavre
pour en faire des délicatesses carnées. Le respect de sa
vie ne s'arrête pas à son cadavre, il s'y confirme, tout
comme chez l'homme d'ailleurs, où le respect de la vie se manifeste
dans le respect et le traitement du corps inanimé.
La capacité de souffrir, d'éprouver du plaisir et de distinguer
les deux, sources mêmes de toute consciences animale, est une cara-
ctéristique fondamentales que nous partageons avec chaque espèce
animale, qu'elle exprime sa souffrance et son plaisir comme nous, différemment
de nous ou point du tout. Leur aptitude à la souffrance et au plaisir
implique que les animaux ont des intérêts et par conséquent
des droits, ceux de vivre une vie digne de leur espèce et de souffrir
le moins possible étant les plus fondamentaux.
Moralement et relativement à la souffrance à éviter,
les intérêts fondamentaux et existentiels des animaux doivent
être considérés comme beaucoup plus grands et légitimes
que ceux des hommes qui veulent les manger. Que vaut, en effet, le plaisir
momentané que l'alimentation carnée nous procure et qui
en plus n'est pas indispensable à notre santé, que vaut
ce plaisir par rapport à la souffrance et à la vie d'un
animal ? Que vaut cette source de protéines et de graisses par
rapport aux cruautés de l'élevage intensif, aux angoisses
éprouvées par le bétail lors du transport vers l'abattoir
et le sang-froid détaché dans lequel se déroule la
tuerie à la chaîne ?
Et, même si la mise à mort systématique et organisée
de ces milliards de bêtes innocentes s'effectuait sans la moindre
peine pour elles - nous sommes, hélas, loin, très loin de
là -, nous n'aurions aucune raison d'être fiers d'avoir transformé
la Terre en un abattoir gigantesque. Indifférents aux intérêts
et aux droits légitimes de nos victimes, nous approuvons et nous
perpétuons à chaque repas carné un massacre dont
l'envergure nous échappe et qui trahit notre profond mépris
de nombreuses espèces animales. Ne sont-elles pas nos compagnons
fidèles sur la route de l'évolution ?
C'est le fanatisme carnivore de l'homme qui a mené à la
vache folle et à la fièvre aphteuse. Tout un continent semble
en chavirer. Ce fanatisme nous paralyse et nous empêche de réaliser
que nous pouvons parfaitement nous passer de viande sans aucun risque
pour notre santé.
Renoncer à une nourriture carnée : nous en sommes tous capables.
Ne devrait-ce pas être une affaire d'honneur de surcroît ?
L'Occident n'en périra certainement pas. Au contraire
Dr Claude Pasquini
Coordinateur pour l'Europe
Union Européenne des Végétariens
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