JEAN-ANTOINE GLEIZES

Article extrait du Journal Alliance Végétarienne n° 72 - Eté 2003

GleizesJean-Antoine Gleizes (26 décembre 1773 - 17 juin 1843) mérite bien qu'on le sorte de l'oubli dans lequel il se trouve. Précurseur du végétarisme en France (avant même que ce mot n'apparaisse), il fut aussi l'un des premiers à s'interroger sur la question du droit des animaux et à fonder son attitude sur le respect de toute vie. L'œuvre majeure de Gleizes dans laquelle il exposa ses idées est Thalysie ou la nouvelle existence, publiée à Paris en trois volumes totalisant près de 1300 pages, entre 1840 et 1842.

Gleizes naquit à Dourgne (dans le Tarn) le lendemain du Noël de l'an 1773, de Denis Gleizes et Anna Francos. Son père était avocat au Parlement de Toulouse, ce qui le place dans la bourgeoisie aisée. Gleizes fit d'excellentes études au collège de Sorèze, puis partit à Montpellier pour y suivre des études de médecine. Mais sa grande sensibilité à tout ce qui évoque la souffrance les lui firent bientôt interrompre : il se sentait incapable de surmonter la répugnance que lui inspiraient les dissections et les manipulations sur les corps et les organes des animaux.

En 1794, à 21 ans, il se marie avec une demoiselle Aglaé Angliviel de la Beaumelle, fille d'un littérateur que l'histoire n'a pas retenu dans son catalogue des grands écrivains, mais qui pourtant polémiqua avec Voltaire et fut, lors de l'affaire Calas, le premier défenseur de la famille injustement accusée. L'épouse de Gleizes, personne fort cultivée, l'assista pendant toute sa vie, et même au-delà de sa mort en favorisant la diffusion de son œuvre. Pourtant, elle n'adopta jamais le régime végétarien de son mari… La famille Gleizes se fixa au château de la Nogarède, une demeure bourgeoise près de la ville de Mazères, dans l'Ariège. C'est aux alentours de cette époque-là (en 1794) que Gleizes devint végétarien.

Une sensibilité propre, diverses influences extérieures, le climat général de fraternité de l'époque révolutionnaire, ont sans doute constitué autant de fils qui ont permis de tisser la trame de ce changement dans la vie de Gleizes. Mais il semble également que cela se soit manifesté par une " révélation " (nous dirions une prise de conscience) qu'il existe dans le monde une loi d'harmonie et d'amour unissant toutes les créatures. Face à cette révélation, Gleizes en tire la conséquence logique et décide de supprimer tout animal de son alimentation. Mais cela va aussi beaucoup plus loin. Voici ce qu'en dit Jacques Demarquette, dans une étude sur Gleizes parue en 1928 : " Décidé à suivre ce qu'il considérait comme une révélation jusque dans ses dernières conséquences, il résolut de s'abstenir à jamais de verser le sang d'aucune créature et proscrivit à la fois la viande de sa table et la chasse de ses domaines. Son amour et sa compassion pour les bêtes allaient jusqu'à le pousser à racheter les animaux vieillis ou captifs que l'on destinait à l'abattoir, afin de leur rendre la liberté. Il attachait une telle importance à la pureté de ses aliments qu'il les préparait lui-même et que, pour leur éviter la pollution qui aurait pu provenir de leur cuisson dans des récipients employés ordinairement à cuire des viandes, il avait, à l'instar d'un brahmane, une batterie de cuisine particulière, qui le suivait même dans ses voyages ".

Peu de temps après son installation, le département de l'Ariège demanda à Gleizes d'intégrer la toute nouvelle École normale, créée à Paris par la Convention. Gleizes arriva donc à Paris en 1795, ce qui lui permit de rencontrer divers groupes préoccupés de morale et d'éducation, de parfaire sa formation intellectuelle, et d'élargir ses vues par des contacts avec un milieu social véhiculant des idées naturistes et végétariennes. Toutefois, après sa sortie de l'École normale, Gleizes n'enseigna pas. Il se retira dès 1800 dans sa propriété de la Nogarède et s'y consacra à l'écriture et à la propagation de son idéal.

Gleizes mourut le 17 juin 1843, sans avoir réussi à convaincre grand monde par son travail de prosélytisme : " En effet, en dehors de quelques lettres polies qu'il avait reçues des personnalités auxquelles il avait envoyé ses ouvrages, Gleizes avait eu la douleur de voir son œuvre accueillie par un silence à peu près complet, silence explicable non seulement par certains défauts propres et l'indifférence du public, mais aussi, pour une partie, par ce que nous appellerons le manque de sens des affaires de Gleizes qui l'empêchait de s'adapter à certaines coutumes en usage, déjà, dans le monde des lettres ". (Jacques Demarquette, op. cit.)

André Méry.

 

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