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LETTRE
OUVERTE À LA FAO
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Article extrait du Journal Alliance Végétarienne n° 69 - Automne 2002 A
l'occasion du deuxième Sommet Mondial sur l'Alimentation, qui s'est
tenu dans la capitale italienne du 10 au 13 juin 2002, l'Union Végétarienne
Européenne a envoyé une lettre ouverte à M. Jacques
Diouf, Directeur Général de la FAO (Food and Agriculture
Organization of the United Nations), pour attirer son attention sur le
lien entre la production de viande par l'élevage et la misère
alimentaire rencontrée dans de nombreuses parties du monde. - Lettre Dr. Jacques Diouf Objet : La production de viande est créatrice de misère Monsieur le Directeur Général, L'Union Végétarienne Européenne, qui regroupe 200 organisations végétariennes et nombre de membres indépendants, saisit l'occasion du prochain " Sommet mondial de l'Alimentation : cinq ans après " à Rome pour aborder le problème de la faim dans le monde. Selon le " World Food Programme ", une personne sur sept souffre aujourd'hui de la famine. Un enfant meurt de ce fait toutes les huit secondes, soit 11.000 par jour. Alors que la Charte des Nations Unies mentionne l'accès à la nourriture comme l'un des droits fondamentaux de l'être humain, plusieurs centaines de millions de personnes souffrent chaque jour de la faim. Par ailleurs, les pays riches investissent de plus en plus et de manière disproportionnée dans la production de viande. Les animaux sont nourris avec des aliments importés des pays en voie de développement, le fumier du bétail pollue les eaux souterraines et les fleuves, et des zones entières sont désertifiées à cause de cette production qui gaspille les ressources naturelles, affecte l'environnement et conduit à rallonger la chaîne alimentaire. Afin d'obtenir de la viande, un grand nombre de produits végétaux riches en énergie sont transformés en fumier et en déchets, alors que la culture de ces espèces végétales directement affectée à la consommation humaine permettrait d'obtenir des quantités bien supérieures de nourriture sur un même espace et pour un coût nettement inférieur. L'ambition du Sommet Mondial de l'Alimentation de 1996 visait déjà à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation dans le monde d'ici à l'année 2015. Vous reconnaissez cependant dans votre message prononcé lors de la Journée mondiale de l'Alimentation en octobre 2001, que " malheureusement, à l'aube du troisième millénaire, nous sommes toujours bien loin d'avoir pu assurer à chaque habitant de cette planète une alimentation suffisante ". Afin de résoudre ce problème, vous avez suggéré quelques mois plus tard à Nicosie que les pays européens devraient aider les autres en leur transférant leur technologie et en permettant aux éleveurs des pays du tiers monde d'en faire usage. Nous pensons au contraire, Monsieur le Directeur Général, que les ultimes technologies mises en oeuvre dans les usines à bétail de nos pays ne sont pas précisément notre meilleur article pour l'exportation ! Durant ces dernières décennies, l'Europe a traversé plusieurs crises alimentaires majeures et traumatisantes, qui n'ont nullement pris fin de nos jours et qui ont prouvé que la véritable sécurité alimentaire reposait sur une diminution de la production de viande plutôt que sur son accroissement ! C'est pourquoi l'Union Végétarienne Européenne propose à tous d'adopter le mode de vie végétarien, c'est à dire une alimentation purement végétale, saine et génétiquement non modifiée, produite par des méthodes agricoles respectueuses de l'environnement, répondant aux besoins et aux traditions des populations locales, acceptables pour les adeptes de toutes les religions et adaptable aux conditions naturelles spécifiques, à l'environnement climatique et à la biodiversité locale. Nous vous lançons donc cet appel : aidez les gens à s'aider eux-mêmes en cultivant leurs propres récoltes pour leur propre consommation et non pour celles des animaux de boucherie alors que des enfants ont faim ! Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Directeur Général, nos sentiments les meilleurs. Pour l'Union Végétarienne Européenne, Dr. Igor Bukovský, Président A l'heure actuelle, nous ne savons pas si l'appel a été entendu. Le Sommet s'est achevé comme d'habitude, sur la réaffirmation de la volonté des états membres de réduire de moitié le nombre de personnes victimes de la faim (815 millions aux dernières estimations), et sans aucune décision concrète sur la façon d'y parvenir , comme d'habitude. Silvio Berlusconi, qui présidait le Sommet, a affirmé que " le droit à l'alimentation vient avant tout ". Merci. Il a omis de préciser qu'à l'heure actuelle, ce droit concerne surtout les animaux d'élevage qui, eux, ne semblent pas manquer de protéines, comme on en verra la démonstration dans l'article " Nourrir son monde " de ce même numéro d'AV. Jacques Diouf a appelé à " instaurer rapidement un monde plus équitable ". Merci. La solution est déjà décrite dans la lettre ouverte. Finalement, la fin du Sommet a été avancée de deux heures. Pensez-vous que pour une fois les discussions avaient été plus efficaces et rapides ? Quelle candeur ! En réalité, M. Berlusconi devait suivre le match de Coupe du Monde de football Italie-Mexique, qui débutait avant l'heure prévue de fin du Sommet. La Coupe du Monde ou la Faim dans le Monde, ça ne se discute pas ; les affamés ne sont plus à deux heures près, n'est-ce pas ? Je vous laisse apprécier. André Méry - Président Alliance Végétarienne ------------------- Nourrir son monde sans passer par l'animal Au Sommet Mondial sur l'Alimentation (World Food Summit) de Rome, en 1996, les représentants de 186 états s'engagèrent à réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de personnes souffrant de la faim. Les chiffres de référence du sommet provenaient des estimations de la FAO pour la période triannuelle 1990-1992, indiquant que 840 millions de personnes environ étaient en état de sous-nutrition. Il s'agissait donc de ramener ce nombre à 420 millions, en 19 ans, soit une réduction moyenne de 22 millions de personnes par an. Ces chiffres ne tenaient compte que des pays en voie de développement (Asie et Pacifique sauf Japon, Australie, Nouvelle-Zélande ; Amérique latine et Caraïbes ; Proche et Moyen-Orient sauf Israël ; Afrique sauf Afrique du Sud). Les données de la FAO montrent qu'en 1999, chaque habitant de la planète disposait de 2808 calories par jour. Où donc est le problème ? Il est dans le fait que dans la période 1997-1999, on comptait 815 millions de personnes en sous-nutrition, dont 777 millions dans les pays en développement, 27 millions dans les pays en transition (pays de l'ex-URSS et de l'Europe de l'Est), et 11 millions dans les pays industrialisés(1) Par rapport aux quelque 6 milliards d'humains présent en 1999, cela fait plus d'une personne sur 7. L'idée dérangeante qu'il nous faut envisager est que les animaux d'élevage ont quelque chose à voir dans ce constat. Non qu'ils en soient personnellement responsables (car ils n'ont jamais demandé à devenir des animaux d'élevage), mais parce qu'ils interviennent dans la répartition des terres et des ressources mondiales. Les céréales constituent le principal composant des aliments concentrés pour le bétail. Une forte proportion de la production mondiale de céréales est donc destinée à nourrir les animaux d'élevage. Une étude de la FAO commandée par la Commission Européenne et la Banque Mondiale (Livestock - Environnement Interactions : Issues and Options, 1997) cite le chiffre de 32 %, sur la base de données des années 1990 à 92. Le Worldwatch Institute, dans son Press Release de juillet 1998, donne la valeur de 36 %. Dans une communication présentée en 1998 devant l'Académie des Sciences Américaines, Tom Dyson indique que près de 40 % des céréales servent à nourrir le bétail (about 40 % of all grain is currently fed to livestock) (2). On peut donc raisonnablement estimer qu'autour de l'année 2000, entre 35 et 40 % des céréales mondiales " passent sous le nez des humains " et " tombent dans l'assiette " des animaux d'élevage ! Le Rapport " Livestock - Environment Interactions " va nous fournir d'intéressantes précisions. Le Rapport contient en effet un encadré sur " la controverse alimentation animale - alimentation humaine ", dont le message est que l'utilisation de céréales pour l'alimentation animale n'aurait pas d'effet adverse sur la consommation de céréales pour l'alimentation humaine ; celle-ci resterait à peu près constante car, lors de pénuries alimentaires, les ajustements se feraient dans la part habituellement dédiée au bétail. Il est bien sûr crédible que lorsque se déclare un pic de famine, des ajustements locaux soient réalisés en prenant sur la part animale. Mais malgré le souci d'apaisement du rapport (qui donne même à la controverse " une dimension religieuse et culturelle ") il n'en reste pas moins que près de 800 millions de personnes souffrent chroniquement de la faim, et que l'ajustement global ne se fait donc pas. Le point intéressant est que les données citées dans cet encadré en disent bien plus que les auteurs, sans doute, ne le pensaient. Ainsi, il est indiqué : § Que sur les 996 millions de tonnes (Mt) d'aliments concentrés utilisés en 1994, la part de ces aliments considérée comme comestible pour l'homme (744 Mt, indiqué par ailleurs) a fourni aux animaux 74 Mt de protéines (donc un taux protéique moyen de 10 %). A noter que les seuls produits non végétaux mentionnés dans les quantités ci-dessus sont cités comme étant " quelques aliments d'origine animale (lait en poudre) ". Globalement, on peut donc considérer que les 74 Mt de protéines proviennent donc de végétaux que les humains auraient pu consommer directement. Et ce d'autant que le lait en poudre dont il est question a été produit par des animaux alimentés en végétaux comestibles § Que l'élevage a produit en contrepartie, dans la même année, 53 Mt de protéines (en viande, lait et ufs). Ces données montrent que 21 Mt de protéines directement comestibles par les humains ont ainsi été perdues du fait de l'utilisation du bétail comme transformateur d'aliments. Si l'on accepte le fait couramment établi qu'un gramme de protéines par kilo de poids corporel est nécessaire à un humain chaque jour, cela signifie que le besoin annuel d'une personne de 70 kg s'élève à : (70 g) x (365) = 25,55 kg de protéines (et le besoin annuel d'une personne de 75 kg s'élève à 27,375 kg). Les 21 Mt perdues auraient ainsi pu fournir les protéines nécessaires à l'alimentation de près de 822 millions de personnes de 70 kg ! (Ou 767 millions de personnes de 75 kg ). J'espère que vous avez noté qu'en 1994, un peu plus de 800 millions de personnes souffraient de la faim dans les pays en développement La conclusion qui se dégage de cela est éminemment dérangeante ; c'est que la quantité de végétaux comestibles consommée par le secteur mondial de l'élevage, si elle était directement donnée aux humains, permettrait de résoudre le problème de la faim. Il y a donc bien un lien direct entre un mode de consommation basée sur les produits animaux, et un mode de société qui accepte qu'une personne sur sept reste en état de sous-nutrition chronique... Sources :
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la Terre, les Animaux et les Humains