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Article extrait du Journal Alliance
Végétarienne n° 66 - Hiver 2001
12 000 signatures déposées
le 5 octobre 2001, avec lettre à :
Monsieur Bernard Kouchner
Ministre Délégué à la Santé
Ministère de l'Emploi et de la Solidarité
Notre association, Alliance Végétarienne, a pour but la
promotion du végétarisme.
C'est à ce titre que nous avons initié la pétition
dont nous vous faisons parvenir les signatures.
Cette pétition réclame que, dans toutes les institutions
où fonctionne un service de restauration collective (administrations,
hôpitaux, écoles, universités, prisons, restaurants
d'entreprise, maisons de retraite, etc.), il soit systématiquement
proposé lors des repas le choix d'un menu végétarien
équilibré.
En effet, une importante raison pour laquelle on peut promouvoir le végétarisme
est que la pratique à grande échelle d'une alimentation
végétarienne équilibrée contribuerait à
l'amélioration de la santé générale de la
population, comme ont pu l'attester de nombreuses études médicales.
En tant que Ministre de la Santé, vous êtes donc la personne
légitime à qui cette pétition s'adresse, et nous
souhaiterions que vous usiez de l'autorité que vous confère
votre fonction, pour vous déclarer en faveur d'une réelle
liberté de choix dans les services de restauration collective,
et pour amener ou encourager les collectivités à s'y conformer.
C'est ainsi que fonctionne par exemple la cantine de l'Institut Pasteur
de Lille, et ce depuis 1983, à l'initiative du Dr Jean-Michel Lecerf,
responsable du service Nutrition. Les menus végétariens
y sont choisis quotidiennement par 15 à 30 % des consommateurs.
Une telle initiative :
Permettrait à toute personne désirant manger de façon
végétarienne de trouver un repas nutritionnellement adéquat.
Ceux qui désirent manger végétarien sur les lieux
où la cuisine est préparée collectivement sont en
effet trop souvent supposés pouvoir se débrouiller avec
ce qu'ils trouvent, alors que l'alimentation végétarienne
équilibrée ne consiste pas à se contenter de légumes
d'accompagnement, mais fait appel à un art culinaire à part
entière, riche en association de produits végétaux,
et aux antipodes d'une cuisine basée sur la viande.
Constituerait un moyen simple et efficace de faire découvrir
une cuisine saine, en faveur de laquelle nous déplorons de devoir
trouver nos arguments le plus souvent dans le monde anglo-saxon, les traditions
culturelles françaises ne facilitant pas la reconnaissance du bien-fondé
de l'alimentation végétarienne.
ñ Un exemple caractéristique à cet égard est
celui de l' American Dietetic Association, dont la position officielle
sur le végétarisme, maintes fois répétée,
"est que les régimes végétariens bien conçus
sont bons pour la santé, adéquats au plan nutritionnel,
et sont bénéfiques pour la prévention et le traitement
de maladies spécifiques" ( "appropriately planned vegetarian
diets are healthful, are nutritionally adequate, and provide health benefits
in the prevention and treatment of certain diseases").
S'insèrerait dans le cadre d'une stratégie de diminution
des dépenses de santé, souhaitée par la plupart des
acteurs de la vie politique, dans la mesure où la pratique du végétarisme
contribue à réduire la morbidité globale dans la
population.
ñ Ainsi, aux Etats-Unis, le Physicians Committee for Responsible
Medicine a-t-il pu chiffrer le sur-coût des soins médicaux,
générés par une alimentation omnivore par opposition
à une alimentation végétarienne, à 45 milliards
de dollars en moyenne pour les affections étudiées, au début
des années 90. La situation, transposée à la France,
amène à considérer que 55 milliards de francs environ
seraient dépensés annuellement pour traiter la prévalence
supérieure d'un certain nombre d'affections chez les non-végétariens.
Une opportunité se présente :
L'année 2001 a vu le lancement en janvier d'un "Programme
National Nutrition Santé" (PNNS) étalé sur cinq
ans, annoncé par le Premier Ministre dans son discours de clôture
des Etats Généraux de l'Alimentation du 13 décembre
2000. Ce programme déclare qu'il "a pour objectif général
d'améliorer l'état de santé de l'ensemble de la population
en agissant sur l'un de ses déterminants majeurs qu'est la nutrition".
Nous nous réjouissons que des voix officielles se fassent entendre
dans notre pays pour appeler le public à porter plus d'attention
aux liens étroits entre la nutrition et la santé, qui sont
évidents pour nous depuis longtemps, même si la référence
au végétarisme y reste - habitudes obligent - malheureusement
absente.
Vous même, Monsieur le Ministre, dans l'introduction à ce
programme, précisez que l'objet de ce plan national est en particulier
de "développer l'information et l'éducation",
et de "mettre en oeuvre des actions de santé publique".
Nous sommes persuadés que la mise en oeuvre d'un libre choix de
menus végétariens équilibrés en restauration
collective, élaborés selon de vrais principes nutritionnels,
participe pleinement de cette démarche et pourrait parfaitement
s'insérer dans le cadre du PNNS.
Nous avons lancé cette pétition non pour chercher à
imposer des principes, mais parce que nous sommes convaincus que la société
aurait tout à gagner à voir se répandre la pratique
du végétarisme, et que l'exemple est la meilleure des démonstrations.
C'est pourquoi nous vous demandons, au nom des quelques 12 000 signataires
de notre pétition, d'agir en tant que Ministre de la Santé
pour que l'alimentation végétarienne, qui bien conçue
n'a rien d'un régime restrictif, devienne, au travers du libre
choix des consommateurs, une composante essentielle de la politique de
santé française.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression
de notre haute considération.
Pour Alliance Végétarienne,
André MERY
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