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Article extrait du Journal Alliance Végétarienne
n° 71 - Printemps 2003
Pendant des années, j'ai été
une végétarienne "libérale" c'est-à-dire,
que j'avais fait mon choix et que je ne cherchais pas à convaincre
les autres (quoi de plus ennuyeux !) ; chacun était libre de manger
comme il voulait.
Je suis arrivée au végétarisme par un (heureux) hasard
alors que j'étais étudiante à l'université
de Berkeley en Californie. Au loyer élevé de mon logement
s'ajoutait le prix des transports pour arriver au campus. Il me restait
tout juste de quoi acheter une boîte de spaghetti par jour. La viande
ainsi que les fruits et les légumes étaient des luxes réservés
aux week-ends en famille. Sans nourriture carnée, j'étais
persuadée que j'allais tomber malade, mais à 20 ans j'étais
très romantique et je n'hésitais pas à prendre des
risques.
Quelle fut ma surprise en rencontrant à Berkeley des jeunes, dont
une infirmière, qui étaient végétariens pour
des raisons philosophiques et de santé. Leur raisonnement me semblait
convaincant. Je voulais - à cet âge-là - vivre jusqu'à
100 ans et avoir la forme. J'ai toujours adoré les animaux et,
très jeune, j'ai vu une poule à qui l'on avait coupé
la tête et qui courait dans la cour d'une ferme près de chez
moi. Cela m'a donné des cauchemars. Mon abstinence de la viande
pour des raisons économiques s'est vite transformée en choix
éthique et diététique.
Après mes études à Berkeley et dans les différentes
villes où j'ai vécu, je me suis toujours retrouvée
parmi des végétariens. À San Francisco, à
Los Angeles, à Boston, la présence de ces personnes m'a
soutenue et c'était sans doute réciproque. À l'époque
aux États-Unis, nous étions considérés comme
des marginaux, des fanatiques, des jeunes qui, avec l'âge, deviendraient
raisonnables. Après avoir quitté les USA pour m'installer
à Paris, j'ai rapidement constaté que j'étais la
seule végétarienne dans mes divers entourages. S'il n'y
avait pas trop de problèmes pour manger des légumes que
les Français aiment en général, il fallait faire
très attention à tout ce qui était sauces, soupes,
etc., qui contenaient souvent de la graisse animale. Mes amis et connaissances
avaient tendance à regarder le contenu de mon assiette et essayaient
de me convaincre de manger de la viande. Je trouvais cela si ennuyeux
qu'à la fin j'ai utilisé un moyen pour couper court à
toute argumentation en annonçant que j'étais allergique
!
J'étais enfin assurée d'être en paix en compagnie
des autres (ou tout du moins c'est ce que je croyais). Je ne pensais pas
aux animaux de boucherie et à leur sort terrible. Pourquoi y réfléchir
? C'était un sujet horrible, et moi, seule, que pouvais-je y faire
? Rien, alors je ne regardais pas de près. J'ai toujours aimé
cuisiner et les circonstances m'ont un jour amenée à ouvrir
un restaurant
qui ne pouvait être que végétarien.
Il en manquait sur la Côte d'Azur - il en manque toujours d'ailleurs
- ! Dès le départ j'ai refusé les conseils des uns
et des autres qui m'incitaient à mettre un ou deux plats de poisson
sur la carte. " Mais, voyons, il faut au moins proposer des omelettes
! " Têtue, j'ai refusé : les gens pouvaient manger ces
aliments chez eux, jamais chez moi. Mon restaurant avait donc dès
le départ un objectif pédagogique : montrer que l'on peut
très bien manger sans consommer de la chair ou des sous-produits
animaux. Aussi surprenant que cela puisse sembler, je ne me préoccupais
toujours pas directement du sort des animaux. Je voulais surtout offrir
aux autres la possibilité de manger d'une manière saine.
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