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TRANCHE DE VIE
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Article extrait du Journal Alliance Végétarienne n° 72 - Eté 2003 Témoignages : Caroline Voici comment j'ai abandonné l'habitude de manger
les animaux. J'avais 15 ou 16 ans et je me promenais au Boulevard St Michel
à Paris. Devant une librairie, il y avait un panier avec des livres. L'un
d'entre eux attira mon attention : " Les Bêtes ". Comme j'adore les animaux,
je pensais que c'était un livre sur mes amis les animaux. En feuilletant
les pages et en lisant quelques lignes de ci de là, je m'aperçus que l'auteur
était un boucher repenti qui décrivait avec force détails le meurtre des
animaux de " boucherie ". J'en fus horrifiée. Immédiatement j'ai pris
conscience de ma participation indirecte à cette horreur. Je reposai le
livre et décidai de ne plus manger d'animaux (…) Pendant 8 ans j'ai tenu
parole (…) en subissant les plaisanteries, les moqueries, etc. A 25 ans
je rencontrai le père de mes enfants avec qui je connus beaucoup de difficultés
qui m'affaiblirent psychologiquement. Ma volonté s'effrita rapidement.
Je n'avais plus le courage d'être différente (…) Je renonçai à ce que
j'avais de plus sacré dans ma vie (…) Je n'étais plus moi-même…et j'étais
malheureuse. Au bout de 7 ans, je redevins célibataire. J'avais deux enfants.
La première chose que je fis, c'est de redevenir moi-même, c'est à dire
végétarienne. J'expliquai à mes enfants pourquoi c'était mal de manger
des animaux. A l'école, à la cantine, ce fut difficile pour eux (…) Voici
9 ans que je n'ai pas touché à la chair animale et je crois que plus aucune
faiblesse ne me déviera du végétarisme. Je n'essaie de convaincre personne.
Je préfère être un exemple. Je n'agresse jamais les carnivores, je leur
explique que je ne mange pas les animaux par compassion et par respect
de la vie (..) que je ne me sens pas l'âme d'un charognard. Je dis tout
cela d'une voix calme et douce. On me regarde avec de grands yeux, on
me dit que je suis folle, que je fais partie d'une secte. Alors je répond
que si parler d'amour, de compassion, de respect de la vie, c'est faire
partie d'une secte, alors je suis très fière d'en faire partie. En général
la conversation s'arrête là ! Anne C'était le jour de mes fiançailles. Quand ma sœur aînée est entrée avec le gâteau de la fête, mon futur mari est devenu tout blême, puis a disparu dans la salle de bains. Comme il ne revenait pas, je suis allée voir ce qui se passait. Je l'ai trouvé écroulé sur le sol, souffrant insupportablement des reins. Aucun analgésique ne calmant sa douleur, il a dû être hospitalisé, malgré ses objections. Quelques jours plus tard, il m'a appelée au travail afin que je vienne le soir même le ramener à la maison. Il m'attendait, tout habillé, prêt à partir. Le médecin traitant m'a convoquée afin de m'expliquer que mon fiancé souffrait d'un cancer rénal. Le rein droit devait être enlevé, le gauche était également atteint. Mon fiancé n'a rien voulu écouter. Rien ne pouvait le convaincre. Il refusait de se faire opérer car il avait vécu le calvaire de son propre père, atteint d'un cancer de l'intestin. " Je ne me laisserai pas mutiler ", disait-il, " je ne veux pas aller toutes les semaines en dialyse. Je me soignerai moi-même. " A l'aide de quelques livres sur le végétarisme et sur la guérison par la nourriture, nous avons modifié nos habitudes alimentaires. C'était le début d'un long parcours avec, la première année, une rechute et une nouvelle hospitalisation. Au début j'étais sceptique, mais après avoir constaté le bon résultat, j'ai été convaincue et je suis devenue fanatique. Oui, fanatique ! Moi, qui venais d'une famille où l'on mangeait beaucoup de viande, de beurre, de sucre, je me sentais très bien avec cette nourriture et ne voulais plus changer. Je ne dis pas que le végétarisme, seul, a guéri mon mari. Tout ce que je peux témoigner, c'est que trente ans plus tard, mon mari, qui n'a jamais été opéré, est toujours en vie. Plus tard j'ai pris la direction d'un magasin de produits bio, puis j'ai quitté mes Flandres natales pour m'installer dans la Haute Saône dans une ferme en ruines, qui avait été abandonnée pendant 40 ans. Les orties et les ronces poussaient dans la cuisine. Tout l'été j'ai dormi dans la grange remplie jusqu'au toit de paille et de foin. Je faisais du jardinage sur un terrain calcaire, plein de cailloux, en hauteur, sans la moindre machine, avec une pioche. La citadine que j'étais, 42 kilos, 1m56, a pu reconstruire sur cette immense ruine. Si mes longs ongles vernis se sont cassés, ma santé, elle, est devenue plus robuste. J'ai mis mon fils et ma fille au monde à la maison sans aucune aide, en travaillant jusqu'au dernier moment. Le lendemain de la naissance de mon fils, j'étais sur le marché pour vendre mes légumes car c'était ma seule source de revenu. Les enfants n'ont jamais mangé de viande ou autres aliments d'origine animale. Je les ai longtemps allaités, ma fille pendant deux ans et mon fils plus longtemps encore. Ils ont toujours eu une excellente santé. Ils n'ont pas été vaccinés et ils n'ont jamais eu de carie dentaire. Ils m'ont toujours aidée. Ensemble nous avons rénové notre maison. Nous avons installé des chambres d'hôte, un gîte et un petit camping qui me rapportent assez pour vivre. La table d'hôte est végétarienne, bien sûr. J'ai la satisfaction de pouvoir conseiller mes hôtes et d'autres personnes intéressées. Je ne peux que leur conseiller de quitter la ville, de vivre d'une manière aussi autonome que possible et de se nourrir naturellement et bien sûr, végétarien ! Anne Kringhs, Haute Saône (70) Laurent Je vous écris pour renouveler mon adhésion à l'association, et également pour faire connaître mon point de vue sur celle-ci, et sur ma conception du végétarisme. J'ai 35 ans et je suis venu à ce mode de vie par la coïncidence de plusieurs expériences personnelles. Cela est devenu un choix de vie. La première, et la plus importante de ces expériences, fut sans doute mes voyages en Asie du sud-est. Dans ces pays où le Bouddhisme est très implanté, le végétarisme fait réellement partie de la culture. Je ne me suis pas tout à fait remis de la rencontre de ces peuples et civilisations. Ces voyages m'ont confronté à un autre aspect moins plaisant du monde où nous vivons : la pauvreté. Retourner en Europe après des chocs comme ceux-là ne laisse pas véritablement indemne. L'opulence et le gaspillage règnent en maîtres dans nos sociétés " civilisées ". Par respect pour les pauvres qui vivent dans ce monde, la nourriture carnée représente pour moi, un gaspillage énorme d'espace, de substances végétales et d'eau consommées par ces troupeaux. Si un jour le monde peut être nourri à sa faim, cela ne pourra se faire que de façon végétarienne, vu la croissance de la population. Un autre phénomène m'a poussé vers le végétarisme : les dangers que représente la nourriture que nous propose notre société. Vaches folles et poulets aux hormones ne sont que la partie visible d'un immense iceberg. La concentration des élevages, les doses massives d'antibiotiques, de traitements et tromperies en tous genres, m'ont complètement détourné de ce type d'alimentation. Je ne veux plus soutenir passivement cette industrie agro-alimentaire qui nous pollue et nous trompe sans arrêt. J'oublierais encore le ratissage des océans par des bateaux de plus en plus énormes, la destruction des forêts pour y faire élevage…La liste est trop longue de ce que doit subir notre planète. Le végétarisme est pour moi une façon de me démarquer de ce monde-là. Une forme de respect du vivant. Et bien qu'il m'arrive, de temps en temps, d'avoir une nourriture omnivore, cela se produit rarement et uniquement en société. Ce n'est pas toujours facile d'échapper à un certain conformisme ! Ce sont donc essentiellement les raisons qui me font soutenir Alliance Végétarienne. Faire connaître et développer le végétarisme en France est déjà une étape importante. Laurent LE BOLAY, Rostrenen (22)
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la Terre, les Animaux et les Humains