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VIVRE
SUR 2 TERRES, OU :
le végétarisme, c'est bien, mais encore… |
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Article extrait du Journal Alliance Végétarienne n° 72 - Eté 2003
Le monde entier peut-il, petit à petit, en arriver à rejoindre le " modèle occidental " ? Les habitants des PVD peuvent-ils, petit à petit, en arriver à consommer autant de viande que l'on en consomme actuellement dans les pays développés ? On pourrait le craindre mais, en réalité, ce genre de catastrophe éthique et sanitaire n'apparaît pas possible. Notre Terre est trop petite pour cela. En 1999, la superficie mondiale des terres solides était de 130,5 millions de kilomètres carrés (Mkm2), dont 49,6 Mkm2 de terres agricoles, parmi lesquels 37,6 Mkm2 étaient consacrés aux animaux (terres de pâturage de toutes sortes, plus terres cultivées servant à la production d'aliments pour le bétail). L'ensemble de cette superficie agricole permettait de produire, par habitant et par jour, au niveau mondial, la valeur de 47,4 grammes de protéines d'origine végétale, et de 27,9 grammes de protéines d'origine animale, pour un total de 75,30 grammes. La proportion de protéines d'origine animale était donc de 37,05 %, au niveau mondial. Or, pour les seuls pays développés, cette proportion était de 56,14 %. Globalement, si l'on imaginait que les PVD soient au niveau de consommation des pays développés, cela reviendrait à dire que la proportion de protéines d'origine animale devrait être, au niveau mondial, la même que celle qu'elle est pour les pays développés, soit 56,14 %. Mais, pour augmenter cette proportion, il faudrait donc qu'il y ait davantage d'animaux, et donc davantage de terres agricoles consacrées aux animaux. Or, passer de 37,05 à 56,14 revient à multiplier par 1,52 ! On peut certainement imaginer divers moyens pour entasser toujours plus d'animaux sur la même superficie au sol et pour les nourrir de produits artificiels. Mais c'est un pari " technologique " risqué. Et, en ce domaine, la limite est peut-être déjà atteinte. Multiplier la proportion de protéines d'origine animale par 1,52 ne pourrait se faire, logiquement, qu'en augmentant d'autant le nombre d'animaux et la part de terres agricoles consacrées aux animaux. En d'autres termes, il faudrait leur consacrer 37,6 x 1,52 = 57,15 Mkm2 ce qui est supérieur à la totalité disponible sur Terre (49,6 Mkm2) ! Si l'on reprend ce raisonnement au niveau calorique, la situation apparaît encore plus critique. En effet, la superficie agricole terrestre permettait de produire en 1999, par habitant et par jour, au niveau mondial, la valeur de 2348 calories d'origine végétale, et de 460 calories d'origine animale, pour un total de 2808 calories. La proportion de calories d'origine animale était donc de 16,38 %, au niveau mondial. Or, pour les seuls pays développés, cette proportion était de 26,59 %. Pour passer de 16,38 % à 26,59 %, il faut multiplier par 1,62 Supposer que les PVD soient au niveau des pays développés revient à devoir attribuer aux animaux 37,6 x 1,62 = 60,91 Mkm2 de terres agricoles, bien plus qu'il n'en existe ! On voit qu'il faudrait donc disposer de plus d'une Terre et demi pour que chacun, à l'heure actuelle, puisse se voir attribuer une alimentation en produits animaux équivalente à celle dont disposent les habitants des pays développés à l'occidentale.
Cela nous pend-il au nez ? Cela se produit-il à notre insu ? C'est difficile à dire mais - restons en France - le fait est que les exportations de viande de toute sorte ne sont pas négligeables (autour de 1,5 millions de tonnes par an actuellement). Il se trouve que depuis la fin des années 70, la part en protéines et en calories d'origine animale dans l'alimentation française reste globalement stable. Par conséquent, normalement, le cheptel des animaux de ferme n'aurait dû augmenter que pour refléter l'augmentation de la population. Or, entre 1979 et 2001, si la population s'est accrue d'environ 11 %, le cheptel, lui, s'est accru d'environ 30 % ! Et, dans le même temps, les exportations de viande en général ont quasiment triplé Que de plus en plus de bétail sorte de nos frontières n'est pas dû à un fantastique bond dans le nombre des végétariens (on le saurait), mais l'idée que si j'arrête de consommer des produits animaux, ces produits pourraient de toute façon partir à l'exportation, n'est pas une idée très plaisante. Le végétarisme, c'est bien, mais encore ? Encore faudrait-il pouvoir agir au niveau politique, afin que l'élevage des animaux diminue effectivement en conséquence de la montée du végétarisme, afin que les débouchés extérieurs ne servent pas d'exutoire à l'industrie de la viande, et afin que l'on n'exporte pas nos maladies cardiovasculaires, nos cancers du colon, ou nos athéroscléroses vers des pays qui en sont encore largement indemnes (voir encadré) Face au mercantilisme qui ne voit dans la chair animale que des morceaux de viande et un moyen comme un autre de gagner de l'argent, nous ne sommes pas sortis de l'auberge. A quand un parti végétarien qui puisse influer politiquement sur la société ??? André Méry NOTE : tous les chiffres de cet article sont tirés de la base
de données de la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation
et l'Agriculture) [http://www.fao.org - clic sur " Statistical Databases
" puis sur " FAOSTAT - Agriculture "]. D'autres chiffres
pourraient être obtenus à partir d'autres bases de données,
mais l'intérêt de s'en tenir à une référence
est de pouvoir faire des rapprochements qui ont un sens.
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Entre
la Terre, les Animaux et les Humains