FORUM JOURNAL

 

LETTRE OUVERTE A ACTION CONTRE LA FAIM

     



Toute votre campagne consiste à demander de l'argent pour apporter la nourriture nécessaire à sauver des vies.(...)
Je ne remets pas en cause le fond de votre action qui est louable, mais les moyens mis en Oeuvre pour y arriver.
Je m'explique.

Historiquement le problème de la faim dans le monde est advenu après que les pays du nord aient indexé les pays du sud en leur demandant, voire en les "obligeant" à produire des céréales et autres cultures intensives afin de nourrir le bétail des pays du nord que la plupart des occidentaux consomment régulièrement. Auparavant ces mêmes pays cultivaient des cultures vivrières et des céréales adaptées à leur type de sol et étaient capables de nourrir correctement, voire aisément, leurs populations.(...)

1,3 milliard d'humains pourraient être nourris avec les céréales utilisées qui servent à engraisser le bétail des seuls Etats Unis, alors que "seulement" 15 millions d'enfants meurent chaque année de faim. La marge est très grande entre 15 millions et 1,3 milliard et il suffirait que les populations du nord diminuent, ne serait-ce que de moitié leur consommation carnée, pour que la faim dans le monde soit éradiquée.

Donc, pour en revenir à vos campagnes, je considère ahurissant de ne pas agir sur la cause mais seulement sur le symptôme. D'accord, sauver des vies en extrême danger, comme vous le faites, est utile, même indispensable, mais à terme, cela ne résoudra jamais rien s'il n'y a pas, auprès du public, une plus grande connaissance du lien qui existe entre la famine pour les uns et le hamburger, le jambon et le saumon dans leur assiette pour les autres.

En conséquence, ce que je trouverai approprié serait que vous donniez des informations dans ce sens à vos adhérents pour qu'ils diminuent progressivement leur quantité de viande et poisson afin de permettre, petit à petit aux pays du sud de recultiver pour eux-mêmes et d'enrayer ainsi, sur leur terrain, les problèmes liés à la faim et non de demeurer liés à des aides humanitaires, et parfois, pardonnez moi, un peu paternalistes.(...)

J'ai parlé tout à l'heure de la viande, mais il en est de même du poisson. Toutes les populations côtières d'Afrique, d'Amérique Latine, d'Inde et d'Asie, sont confrontées au même problème. Elles avaient une pêche côtière traditionnelle et ne tuaient que ce qui leur suffisait pour vivre. La grande pêche industrielle, toujours pour satisfaire l'insatiabilité des populations du nord, a ratissé les fonds marins, ne laissant plus de poissons proches des côtes et pouvant être pêchés avec les moyens de ces pays là. Donc, là encore, nous assistons à un problème d'<<affamissement>> de ces régions afin de satisfaire non seulement les humains, mais aussi les chats et les chiens des pays du nord.

Votre dernier courrier porte particulièrement sur la situation entre l'Erithrée et l'Ethiopie. Dans Les Clés de l'lnfo du journal <<Le Monde>> de mai 2000, il est écrit ceci : "En Erithrée et en Ethiopie la sécheresse n'explique pas tout. Dans l'Ogaden, en Ethiopie, un pari économique a aggravé la crise. Depuis quelques années, les populations ont délaissé l'élevage traditionnel des chameaux et des chèvres, bien adapté au terrain et au climat, pour se lancer dans un élevage très rentable mais risqué dans cette région semi-désertique : celui des vaches, qui alimente le juteux marché de l'Arabie Saoudite via le port somalien de Berbera. Les éleveurs sont devenus économiquement dépendants des vaches (qui meurent au bout de trois jours sans eau contre trente jours pour un chameau et quinze jours pour une chèvre) au moment où la sécheresse s'est mise à frapper."

Là encore l'attrait pour la consommation de viande des pays riches a aggravé la faim des pays pauvres.
En conclusion, ne mangeant ni poisson, ni viande, ni sous-produits animaux, ainsi que ma famille, j'estime largement participer à la réduction de la faim dans le monde; sans doute plus que celui qui vous enverra 120 FF, peut-être pour se donner bonne conscience, mais continuera à s'alimenter de fa-on carnivore.

Ceci dit, ce qui se passe dans les pays du sud m'interpelle beaucoup, et je serai très heureuse de continuer à vous soutenir si, dans l'avenir, je voyais dans votre argumentaire des éléments permettant d'autres prises de conscience chez vos donateurs, aboutissant, au quotidien à des changements alimentaires des pays riches en faveur des pays pauvres.
J'espère que mon courrier contribuera à ce que votre organisation mette en Oeuvre rapidement les éléments permettant à vos adhérents de prendre conscience du lien entre leurs habitudes alimentaires et les famines dans le monde.

Mon souhait le plus profond est que tous les humains de la planète vivent dans le respect, l'autonomie et la dignité qui sont fondamentalement le droit de naissance de tout un chacun.
Je vous remercie d'exister et oeuvré, en tenant compte si possible des éléments de ce courrier, pour que la faim disparaisse de notre belle planète. De tout cœur,

M.F.(91)