LES ŒUFS

En termes nutritionnels, il est connu que l'œuf est un excellent aliment du fait de sa teneur en acides aminés : les besoins minimaux en acides aminés essentiels pourraient être assurés chaque jour par la consommation d'1,5 Œuf de poule entier... à condition de n'absorber aucune autre source de cholestérol. Mais le fait que l'Œuf soit choisi (avec le lait humain d'ailleurs) comme protéine de référence pour le calcul de la valeur protéique des autres aliments n'en fait pas pour autant un substitut de choix à la viande, car l'Œuf provient d'un animal, et cet animal a nécessairement une histoire.

En général, il s'agit d'une histoire d'élevage industriel, ce qui suffirait à récuser l'Œuf par refus de l'exploitation animale ; mais même si l'élevage est effectué "en plein air", "en libre parcours", ou en toute autre type de "liberté", il est bon de ne pas oublier que les Œufs sont produits par les femelles et que les poussins mâles qui représentent environ 50% des couvaisons, s'ils ne sont pas sélectionnés pour faire de la viande, ne sont d'aucune utilité et doivent être éliminés. On imagine le massacre...

En élevage industriel, les conditions commencent à être connues, mais il est toujours bon de les rappeler :

"Les poules pondeuses en batterie, abattues à dix-huit mois, vivent par 4 ou 6 dans des cages grillagées. Plusieurs rangées sont alignées les unes au-dessus des autres, sur un sol incliné, afin de récupérer les Œufs devant les cages ; l'espace vital d'une poule est de 450 cm2 (soit l'équivalent d'une feuille A4)."

Le surpeuplement des volailles conduit à de graves troubles du comportement.

La réponse de l'élevage industriel à ces troubles consiste à pratiquer sur les volailles le débecquage, l'écrêtage, le désonglage, ou la pose de lunettes, fixées à travers la cloison nasale...

Dans ces conditions esclavagistes, les poules produisent en moyenne 265 Œufs/an (contre 170 pour une poule menant une vie naturelle) et sont abattues à dix-huit mois (pour un potentiel de vie de 5 à 10 ans). Quant à la fin du calvaire des pondeuses, après leurs travaux forcés, il n'est pas beau à voir non plus.

Sachant que l'on produit en France entre 15 et 17 milliards d'Œufs par an, et vu la production d'une poule en élevage intensif, il doit exister au moins 60 millions de pondeuses intensives ; il semblerait que chaque habitant ait une poule qui ponde pour lui dans les conditions que l'on sait... Peut-on vraiment supporter cela ?

Il est donc nécessaire de savoir ce que l'on fait : consommer des oeufs n'est pas un acte anodin. Bien sûr, il reste la possibilité des élevages traditionnels, mais leur part dans la production se situe autour de 7% seulement. Il ne faut pas oublier non plus que si les éleveurs trouvent des pondeuses à acheter, c'est qu'en amont des mâles non rentables auront été supprimés. Resteraient les élevages familiaux de personnes conscientes de leurs devoirs envers les gallinacés, et les laissant vivre leur vie et mourir de leur belle mort ; mais là encore, le cas des oeufs fécondés peut poser des problèmes de conscience.

On voit que dès que l'on quitte le strict point de vue nutritionnel, l'oeuf devient, pour un végétarien convaincu, un aliment à problèmes ; d'autant que c'est un élément ubiquiste de l'industrie alimentaire (pâtes, mayonnaises, pâtisseries, gâteaux secs, flans, etc.).

Alors ? La solution semble la même que pour les produits laitiers. Si les circonstances font qu'on ne peut s'empêcher d'en consommer, ce n'est pas la peine d'en faire un sujet de martyre ; mais il faut être conscient de toutes les implications de son acte, et dans toute la mesure du possible éviter le mal inutile en choisissant des oeufs de l'élevage en "libre parcours". Mais le mieux est de s'abstenir en faisant un effort de recherche des produits de remplacement nutritionnellement équivalents, tant que l'on n'est pas sûr que la production des oeufs que l'on consomme n'entraîne pas de souffrances, évidemment, il sera toujours plus simple de tendre la main vers la première boîte d'oeufs venue sans se poser de question, mais le végétarisme est là pour secouer les mauvaises habitudes, et nous devons affirmer, ici comme ailleurs, que la seule démarche vraiment éthique est celle qui tend vers le végétalisme, même s'il n'est pas toujours facile de s'en approcher, étant donné nos conditions de vie. Enfin heureusement, il nous reste les Œufs de Pâques ! n L.R.

D'après André Méry dans Les végétariens - Raisons et sentiments au éditions La Plage. (Disponible à notre rubrique Boutique)

Quels Œufs ?

En France, environ 50 millions de poules pondeuses sont élevées dans des cages en batterie. Les Œufs provenant d'élevages en libre parcours et en plein air représentent actuellement environ 7% des ventes. 93% des Œufs proviennent toujours des cruelles cages en batterie. Alors soyez intraitables et n'achetez que des Œufs issus de l'élevage en libre parcours (10 m2 minimum par poule), en plein air ou bien biologiques (2,5 m2 minimum par poule dans ces 2 derniers cas).

Selon l'annexe au règlement CEE n¡C 1943/85 de la Commission du 12 juillet 1985 modifiant le règlement CEE n¡C 95/69, les poules dites "élevées en libre parcours - système extensif" (mention devant être portées sur les boîtes) doivent bénéficier :

- d'une possibilité continuelle de libre parcours en plein air pendant la journée,

- d'un terrain accessible en majeure partie recouvert de végétation,

- d'une densité maximale de peuplement d' une poule par 10 m2.

Tant mieux, même si 2009 c'est loin !

Le Parlement Européen a adopté le 28 janvier 1999, à une importante majorité, l'interdiction des cages en batterie pour les poules pondeuses au sein de l'Union Européenne à partir du 1er janvier 2009. Ce sujet sera désormais débattu par le Conseil Européen des Ministres de l'Agriculture qui détient le pouvoir de décision final mais qui pourra difficilement ignorer ce vote du Parlement.

Sources : Protection Mondiale des Animaux de Ferme - 4, rue Maurice Barrès - 57000 Metz. Tél : 03 87 36 46 05.

Témoignage

Nous avons récupéré 3 poules "de réforme" d'un

élevage en batterie. Après avoir beaucoup pondu, elles n'étaient plus assez productives et leur avenir était malheureusement très sombre.

Ces trois poules n'avaient encore jamais connu la lumière du jour, ni bien entendu, l'herbe verte. Une vie misérable dans une cage de 450 cm2 .

Le bec raccourci, le cou à nu, l'une d'entre elles ne savait même pas se tenir sur ses pattes et ne marchait pas, les deux autres se déplaaient très peu, habituées à un espace exigu. Dès le troisième jour la plus handicapée s'est mise à marcher et nous avons ouvert la porte du poulailler qui donne sur une prairie de un hectare. Elles se sont acclimatées à leurs nouvelles conditions de vie - 3 poules à l'hectare - , et se sont refait une santé doucement en ne pondant aucun Œuf pendant environ un mois. Leurs plumes du cou ont repoussé, elles couraient beaucoup,

grattaient du matin au soir en arpentant la prairie. Et puis elles ont recommencé à pondre un Œuf tous les trois jours, puis tous les deux jours et maintenant un Œuf chaque jour... avec la perspective de vivre encore de nombreuses années leur vie de poule. L. & M. Reisler