PORPHYRE

Le refus de la souillure carnivore

 

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Néoplatonicien, disciple de Plotin, Porphyre est (avec Plutarque (Cf n°58) un autre philosophe grec de l'Antiquité tardive concerné par le végétarisme. Dans son traité De l'abstinence 1 il présente les diverses opinions des penseurs de son époque ayant trait aux animaux et au végétarisme, et élabore à partir du jugement qu'il leur porte sa propre doctrine. S'il traite à la fois des questions du végétarisme et de notre comportement envers les animaux, Porphyre ne les présente néanmoins pas comme étant absolument liées.

Alors que Plutarque prônait le végétarisme dans un souci de justice à l'égard des animaux, Porphyre présente une doctrine liée à l'homme. Pour lui, le végétarisme n'est qu'un moyen, il est "l'expression de la sagesse, ou bien voie d'accès vers elle". Il est une recherche de pureté, et doit permettre de dépasser le statut corporel de l'humanité. En effet, le végétarisme doit selon lui contribuer à "l'érosion du lien qui unit l'âme au corps, ainsi qu'à l'affaiblissement et même à la mortification du corps lui-même". Porphyre considère ainsi que notre âme peut s'élever et dépasser sa condition, mais que pour cela, elle doit s'alléger et se débarrasser de toutes les souillures. Et c'est la consommation d'animaux qui est principalement responsable de l'alourdissement de l'âme, de son attachement au corps. Manger de la viande devient une luxure, une dérive bestiale due à notre condition corporelle. Au contraire, refuser cette consommation revient à rejeter l'emprise que peut avoir le corps sur l'esprit, pour pouvoir ensuite se détacher du sensible. Une fois cette autonomie de l'âme retrouvée, le but pour Porphyre est qu'elle puisse tendre vers ce dont elle procède, le divin. Ainsi, "refuser de manger de la viande, c'est contester le partage (...), c'est donc prétendre à la commensalité avec les dieux, et à un statut divin ou proche du divin".

Mais le végétarisme de Porphyre demeure une sorte d'élitisme. Car cet accès à la sagesse n'est en réalité accessible qu'aux seuls partisans de sa doctrine, appliquant strictement ses préceptes. Par ailleurs, son végétarisme est spirituel, et non pas éthique, comme l'était celui de Plutarque; il n'a aucune prétention au prosélytisme, ni même à la conversion. Pourtant, il souligne bien la facilité d'un régime non carné, "la nourriture sans chair animale et frugale, que tout le monde peut aisément se procurer, nous délivre de tous ces maux en procurant la paix au raisonnement qui nous fournit les moyens du salut ". Il insiste également sur la nature humaine, qu'il ne considère pas comme étant carnivore. Ainsi, les dieux ne peuvent pas nous avoir mêlés à l'injustice en nous ayant donné une telle constitution, qui nous obligerait à tuer pour survivre.

Enfin, pour lui, les humains ont commencé à manger de la viande en des temps de disettes, mais cela ne signifie pas que cette pratique soit justifiée. "Par conséquent, si les famines et les guerres ont également conduit les hommes à manger les autres êtres vivants, il ne faut pas pour autant admettre cette pratique par plaisir, puisqu 'aussi bien nous n 'avons pas accepté l'anthropophagie ". Et ainsi, la considération de l'animal apparaît souvent chez cet auteur, même si sa conception du végétarisme n'en découle pas directement. Il prend aussi parti contre le sacrifice, car " qu'il s'agisse de l'un d'entre nous ou d'un dieu, celui qui reçoit l'hommage peut-il s'estimer honoré lorsque notre injustice éclate au moment même où nous consacrons notre offrande? ". Doctrine du végétarisme, la pensée de Porphyre demeure un complexe mélange de spiritualité, envisageant notre rapport au divin, et d'éthique, refusant toute justification au massacre des animaux.

Emmanuelle Batifol

PORPHYRE, De l'abstinence, Paris, collection " Les Belles Lettres", l977&1979

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