Tranche de vie - Cette rubrique est ouverte à vous qui un jour êtes devenu végétarien

Alliance Végétarienne N°55 - Mars 1999

Au passage entre l'enfance et l'adolescence, vers mes treize ans, je m'interrogeais sur la vie, la mort. Pourquoi la vie a de si différentes valeurs au regard des humains, pourquoi est-ce que par exemple on mange les lapins et pas les chiens ? Pourquoi les français mangent du cheval alors que les anglais ne mangent pas les chevaux ? Pourquoi devrait-on accepter les us et les coutumes sans chercher à comprendre ? Le végétarisme était quasiment inconnu dans ma famille, qui ignorait complètement ce mode de vie. Comment dans ces conditions faire admettre à mon entourage, c'est-à-dire à mes parents d'abord, que j'avais décidé de devenir végétarien ? Cela me semblait très difficile, voire impossible, car je ne connaissais absolument personne qui puisse m'aider. Je ne connaissais même pas l'Association Végétarienne de France qui existait à l'époque. Seul contre tous pour faire admettre ma résolution. "Végétarien", mes parents ne connaissaient même pas ce mot, ils me croyaient seul au monde à avoir cet idéal ! Ma mère me disait : "Il n'y a que toi pour être végétarien !" Et c'est tout juste si les gens qui étaient informés de mes idées ne me prenaient pas pour un fou ! Tout le monde mange de la viande, ils avaient tous appris dès leur plus jeune âge à manger la chair des animaux, ils trouvaient cela tout à fait normal, et ils ne se posaient pas de questions. Et tout d'un coup voilà qu'ils entendaient parler d'un gamin qui refusait la viande ! On me disait : "Les animaux sont faits pour être mangés !" ou encore "Il faut manger de la viande pour vivre et pour grandir !". Mon choix interpellait les gens que je rencontrais, c'était pour eux une chose inadmissible, qui en fait les dérangeait dans leurs habitudes.

Cela n'a pas été facile, je dois le reconnaître, j'ai du lutter seul pour défendre mes idées, mais j'ai résisté, j'ai tenu bon car ma motivation était très puissante. Faut-il en effet qu'elle le soit pour qu'un enfant tienne tête seul face à des adultes si hostiles. Oui j'étais vraiment résolu, mon choix était fait, il n'était absolument pas question que je cède à l'influence de mon entourage. Mais je dois aussi avouer que je me suis senti bien seul, les premiers temps, c'est-à-dire quelques années. Je savais que d'autres végétariens partageaient mes idées, mais je ne communiquais pas avec eux, et je ne savais pas comment je pourrais le faire. C'est alors que j'eus l'idée d'écrire au service lecteur d'un magazine auquel j'étais abonné. C'est ainsi que j'eus les coordonnées de l'Association Végétarienne de France, dès lors je me suis senti bien moins seul. Bien entendu, j'ai adhéré à l'A.V.F., l'adhésion permettait de recevoir le bulletin qui se nommait "La voix des végétariens". Les citations, les témoignages, les conseils et les recettes me furent très utiles, et ils m'ont permis d'affronter plus facilement les réprobations de mon entourage. Le médecin de famille demandait à mes parents : "Il mange du fromage au moins ?" La réponse affirmative de mes parents le rassurait. Je savais bien que le corps humain a besoin de protéines. En consommant des Œufs et des produits laitiers, j'étais sûr de ne pas avoir de carences en protéines.

Ma croissance s'est poursuivie tout à fait normalement, c'est une preuve que mon alimentation était bien équilibrée.

Francis Laurent (88)

Ce témoignage est extrait d'un ouvrage d'une trentaine de pages qui n'a pas encore été publié, avis aux éditeurs éventuellement intéressés.