Alliance Végétarienne N° 68 - Juin 2002
Pourquoi suis-je végétarienne ?
Je m'appelle Sophie, j'ai 34 ans et suis végétarienne depuis plus
de 15 ans, et fière de l'être.
Pourquoi es tu végétarienne ? Cette question (parmi tant d'autres),
j'ai dû, tout comme vous, l'entendre des centaines de fois.
Pourquoi ? Et bien il n'y a pas de pourquoi. Je le suis car c'est l'évidence
même, je ne pourrai pas ne pas l'être. Je ne me pose même
pas la question en fait. Se pose-t-on la question tous les soirs lorsque l'on
va se coucher du pourquoi ? Non, on dort par besoin de sommeil bien sûr,
mais cela va tellement de soi qu'on ne s'interroge pas. Et bien pour moi, le
végétarisme c'est pareil. C'est tellement évident et limpide
que la question serait plutôt : et toi, pourquoi es-tu carnivore ? Car
ça, je n'ai toujours pas compris pourquoi. Et je soupçonne fortement
qu'il n'y ai pas de réponse censée. Alors, parfois, souvent même,
je suis taxée d'utopiste.
Dernièrement, dans une conversation avec des amis sur les inégalités sociales, alors que je défendais les plus démunis, tandis que leurs discours à eux étaient du style : "s'ils n'ont rien, c'est qu'ils n'ont pas fait le nécessaire dans leur vie", on m'a dit, gentiment, que de toute façon, comme j'étais végétarienne, mon discours était plutôt utopiste, cela allait dans la lignée. Bref, je ne serai pas capable d'avoir des propos censés car je suis tolérante, que je ne supporte pas la souffrance, qu'elle soit humaine ou animale, là c'est moi qui ne comprend pas pourquoi. Mais aussi, étant déjà perçue comme bizarre, voire illuminée par certains, de par mes choix alimentaires, maintenant je m'entends dire, alors que je ne porte plus de chaussures en cuir, et que je fais de plus en plus attention à tout ce qui est présure ou gélatine : elle devient de pire en pire ! Et bien non, je ne deviens pas de pire en pire, au contraire, j'assume mes idées jusqu'au bout. C'est le contraire qui ne serait pas cohérent
. Bref, je pense que le fossé est énorme entre les végétariens (liens) et les autres, même avec ceux que j'aime et qui m'aiment, et je suis, aujourd'hui, un peu pessimiste et déçue, le mot est fort, par l'espèce humaine. Non pas que je pense détenir la vérité, personne ne la détient, mais juste un petit peu plus d'humanité et d'"animalité" ferait du bien à cette planète.
Mais la route est longue, trop longue, et l'atteindrons nous un jour (elle
n'est peut être même pas encore tracée)...
Sophie